mardi 4 août 2026

nul espoir de se sentir un jour chez soi

"Avec tristesse il [Futaki] observait le ciel sombre et menaçant, les vestiges desséchés de l'été infesté de sauterelles, et brusquement, à travers les feuillages d'un même acacia, il vit défiler tour à tour le printemps, l'été, l'automne et l'hiver, comme s'il venait de percevoir la pitrerie du temps qui, dans l'immuable sphère d'éternité, nous fait croire, en donnant l'illusion d'une route droite qui traverserait les chaos du désordre et en créant la hauteur, à l'inéluctabilité de la folie..., puis il se vit sur la croix du berceau et du cercueil, convulsé de douleur, avant qu'un jugement sèchement prononcé ne le livre, dépouillé (sans grade ni titre), aux mains des laveurs de cadavres, aux rires bruyants des équarisseurs à l'ouvrage, pour qu'il prenne sans indulgence la mesure des réalités humaines sans qu'aucun sentier ne puisse le ramener en arrière, pour qu'il comprenne qu'il s'est engagé dans une partie avec des cartes truquées, une partie jouée à l'avance et qui le dépouillera de son ultime atout, l'espoir de se sentir un jour chez lui."
László Krasznahorkai, Tango de Satan, collection Folio Gallimard, 2025, p. 382-383.

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