mercredi 15 novembre 2023

des allusions à la vie d'Isidore Ducasse dans Les Chants de Maldoror

"Il est né sur les rives américaines, à l'embouchure de la Plata, là où deux peuples, jadis rivaux, s'efforcent actuellement de se surpasser dans le progrès matériel et moral. Buenos-Ayres, la reine du Sud, et Montevideo [lieu de naissance d'Isidore Ducasse], la coquette, se tendent une main amie, à travers les eaux argentines du grand estuaire."
"Il y en a qui prétendent qu'on l'a flétri d'un surnom dans sa jeunesse."
"Quand un élève interne, dans un lycée, est gouverné, pendant des années, qui sont des siècles, du matin jusqu'au soir et du soir jusqu'au lendemain, par un paria de la civilisation, qui a constamment les yeux sur lui, il sent les flots tumultueux d'une haine vivace, monter, comme une épaisse fumée, à son cerveau, qui lui paraît prêt d'éclater."
"Pauvre jeune homme ! ton visage était déjà assez maquillé par les rides précoces et la difformité de naissance, pour ne pas avoir besoin, en outre, de cette longue cicatrice sulfureuse !"
"Cependant, j'ai des preuves qu'il [le Créateur] n'hésite pas d'éteindre, à la fleur de l'âge, le souffle d'autres humains, quand ils ont à peine goûté les jouissances de la vie."
"... mes parents m'ont abandonné..."
"Moi, être assez généreux pour aimer mes semblables !Non, non ! Je l'ai résolu depuis le jour de ma naissance ! Ils ne m'aiment pas, eux !"
"Ô voyageur égaré, par ton esprit d'aventure qui t'a fait quitter ton père et ta mère, dès l'âge le plus tendre..."
"... l'exil et l'intempérie des climats..."
"On raconte que je naquis entre les bras de la surdité !"
"Les entraves de mon oreille se délièrent d'une manière brusque, le tympan craqua sous le choc de cette masse d'air sonore repoussée loin de moi avec énergie, et il se passa un phénomène nouveau dans l'organe condamné par la nature. Je venais d'entendre un son !"
"... les rebords papillacés de ton destructible tympan."
"Chaque matin, je ressens un poids dans la tête. Il est rare que je trouve le repos dans la nuit ; car des rêves affreux me tourmentent, quand je parviens à m'endormir."
"J'ai reçu la vie comme une blessure, et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice."
"Ce n'est pas la première fois que le cauchemar de la perte momentanée de la mémoire établit sa demeure dans mon imagination..."
"... une paraphimosis..."
"Le père élève sa canne et abaisse sur les assistants un regard plein d'autorité."
"il ouvre son piano, et fait courir ses doigts effilés sur les touches d'ivoire."
"... blessures que mon corps a reçues dans diverses circonstances, soit par la fatalité de ma naissance, soit par le fait de ma propre faute."

« Les Chants sont les rêves d'un abîme, mais cet abîme est d'abord celui de Lautréamont, et leurs récits ne forment pas une simple méditation lyrique, sans lien avec leur auteur, ils touchent à son existence, et c'est les tourments de cette existence et la profondeur de son passé singulier qu'ils essaient de ramener au jour par le long effort d'une œuvre au sein de laquelle les images, les puissances imaginaires et les souvenirs réels de la vie prennent corps, se développent, éprouvent leur énergie, puis, de métamorphoses en métamorphoses, ayant découvert le fond des choses obscures, en ce fond obscur découvert atteignent la délivrance du jour. »
Extrait d'une préface de Maurice Blanchot aux Chants de Maldoror de Lautréamont.
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Suzanne Julliard, dans son Anthologie de la prose française, éditions de Fallois, 2015, n'a pas retenu Lautréamont ! Ni Bernardin de Saint-Pierre ! De même, dans son Anthologie de la poésie française, éditions de Fallois, 2002, Lautréamont est absent ! 
Pierre Seghers, dans son Livre d'Or de la Poésie française, des origines à 1940, a choisi des extraits du chant premier : "Vieil océan, aux vagues de cristal..." ;  "Vieil océan, ô grand célibataire..."

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