Puisque tu me fais visite
Sous mon chaume, à Domremy,
Sous mon chaume, à Domremy,
À toi le grec, moi le scythe,
J'ouvre mon âme à demi...
Pas tout à fait. - La feuillée
Doit voiler le carrefour,
Et la porte entre-bâillée
Convient au timide amour.
J'aime, en ces bois que j'habite,
L'aurore ; et j'ai dans mon trou
Pour pareil, le cénobite,
Pour contraire, le hibou.
Une femme me fascine ;
Comme Prosperce, j'entends
Une flûte tibicine
Dans les branches du printemps.
J'ai pour jeu la poésie ;
J'ai pour torture un minois,
Vieux style, et la jalousie,
Ce casse-tête chinois.
Je suis fou d'une charmeuse,
De Paris venue ici,
Dont les saules de la Meuse
Sont tous amoureux aussi.
Je l'ai suivie en Sologne,
Je la suis à Vaucouleurs.
Mon cœur rit, ma raison grogne,
Et me voilà dans les fleurs.
Victor Hugo, À un visiteur parisien (Domremy, 182...), Les Chansons des rues et des
bois, Œuvres poétiques complètes, Paris, Pauvert, 1961, p. 777, vers 25-53/68.
"L'impeccable jonglerie de la métrique des Chansons des rues et des bois de Victor Hugo."
Joris-Karl Huysmans dans À rebours.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire