samedi 21 mars 2020

le peintre Coriolis dans "Manette Salomon" des frères Goncourt


Le peintre orientaliste Charles de Tournemine, 
modèle du peintre Naz de Coriolis en sa première manière,
dans Manette Salomon d'Edmond et Jules de Goncourt
-
"En regardant les tableaux de Tournemine, dans son atelier du Luxembourg, Tournemine nous dit que la couleur de l'Orient, de l'Asie Mineure surtout, n'est pas un pétard comme l'a fait Decamps, qu'il a été emporté par son tempérament, sa nature rageuse. Il dit que dans l"Asie Mineure, pays de hautes montagnes et de plaines inondées une partie de l'année, il y a un brouillard opalisé, dans lequel les couleurs baignent et scintillent comme dans une évaporation d'eau de perle, qui leur donne l'harmonie la plus chatoyante et en fait comme une poétique palette des Mille et Un Jours.
Il nous disait que quand le fils du ministre turc est triste de nostalgie, il vient s'enfermer une journée chez lui, regarde ses tableaux, prend une tasse de café fait à la mode de son pays, dans une tasse de son pays, et s'en va plein de son soleil et de sa patrie pour huit jours."
Edmond et Jules de Goncourt, Journal, tome I, Bouquins, Robert Laffont, 1989, p. 1125.

"Donc, il y a toujours de l'eau, et dans cette eau, tu comprends, tout ce carnaval se reflète, et toutes les couleurs tremblent, dansent : c'est absolument comme un feu d'artifice tiré sur la Seine que tu verrais dans le ciel et dans la rivière... Et des baraques ! des auvents ! des boutiques ! un remuement de kaléidoscope, sans compter ce qui grouille là-dedans, le personnel du pays, des gens qui sont turquoise ou vermillon, des femmes turques, de vrais fantômes avec des bottes jaunes, des femmes grecques avec de larges pantalons, des chemises flottantes, un voile foncé qui leur cache la moitié de la figure, des mendiants... ah ! mon cher, des mendiants à leur donner tout ce qu'on a pour les regarder !..."
"On se demande si ce n'est pas un pays fait tout bonnement pour être heureux, sans peindre, avec un goût de confiture de roses dans la bouche, au pied d'un petit kiosque vert et groseille, avec le bleu du Bosphore dans le lointain, un  narguilhé à côté de soi, des pensées de fumée, de soleil, de parfum, des choses dans la tête qui ne seraient plus qu'à moitié des idées, une toute douce évaporation de son être dans un bonheur de nuage..."
Extraits d'une lettre de Coriolis, écrite de Turquie, à son ami Anatole Bazoche, peintre, dans Manette Salomon, Folio Classique Gallimard, 1996, p. 123 et 124.

"Sa seconde toile faisait voir une vue d'Adramiti. D'une touche fraîche et légère, avec des tons de fleurs, la palette d'un vrai bouquet, Coriolis avait jeté sur la toile le riant éblouissement de ce morceau de ciel tout bleu, de ces baroques maisons blanches, de ces galeries, vertes, rouges, de ces costumes éclatants, de ces flaques d'eau où semble croupir l'azur noyé. Il y avait là un rayonnement d'un bout à l'autre, sans ombre, sans noir, un décor de chaleur, de soleil, de vapeur, l'Orient fin, tendre, brillant, mouillé de poussière de pierres précieuses, l'Orient de l'Asie Mineure, comme l'avait vu et comme l'aimait Coriolis."
Manette Salomon, p. 237.

Sur Charles de Tournemine :
Jean-Claude Lesage, Charles de Tournemine peintre orientaliste, La Calade (13090 Aix-en-Provence), Édisud, 1986. Voir le chapitre "Tournemine et Manette Salomon", p. 43-48.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire