À la fête de la Pourime :
"Cette foule, pareille de surface et d'ensemble à toutes les foules, ces hommes, ces femmes sans particularité frappante, habillés des costumes, des airs de Paris, et tout Parisiens d'apparence, laissèrent voir bientôt à son œil de peintre et d'ethnographe le type effacé, mais encore visible, les traits d'origine, la fatalité des signes où survit la race. Il [Coriolis] remarqua des visages brouillés, sur lesquels se mêlait la coupe fière de profil des peuples de désert à des humilités louches de commerces douteux de grande ville, des teints plombés tout à la fois par un ancien soleil et par une réverbération de vieil argent, des jeunes gens aux cheveux laineux, à la tête de bélier, des figures à cheveux papillotés, à gros diamant faux sur la chemise, étalant ce luxe de velours gras qu'aiment les marchants de choses suspectes, les petits yeux allumés de la fièvre du lucre, et des sourires d'Arabes dans des barbes de crin."
Edmond et Jules de Goncourt, Manette Salomon, Folio Classique Gallimard, 1996, p. 267.
Voir aussi :
Roger Kemp, L'Indiscrétion des frères Goncourt, Le Livre de Poche, 2006, chapitre IV : Les antisémites, p. 121-137.
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