Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Le Verrou, 1778
(Musée du Louvre)
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" Je vais crier", dit-elle.
Je m'éloignai comme si elle m'imposait, et me rapprochant de la porte j'y mis le verrou ; elle se leva de son fauteuil, et se replongeant dans un autre beaucoup plus bas, elle ajouta : "je me flatte que vous me laisserez tout à moi."
La plus jeune de ses femmes, jolie comme un ange, m'ouvrit la porte à l'heure indiquée ; elle n'osa ni me parler ni me regarder, par respect pour sa maîtresse, qui était déjà dans son lit, mais les rideaux ouverts et sa chambre éclairée par vingt bougies. La porte se ferma, j'y mis le verrou et ne fus qu'un instant à montrer que j'étais digne de tant de complaisances ; on ne m'en refusa pas une ; tout me fut prodigué, éloges et caresses.
Souvenirs du marquis de Valfons, vicomte de Sebourg, Mercure de France, collection Le Temps retrouvé, 2009, p. 105 et 106.
Non, ce ne sont pas deux passages d'un livre grivois du XVIIIe siècle, mais ceux un peu piquants des souvenirs du marquis de Valfons, né à Nîmes en 1710, qui accomplit une brillante carrière militaire sous Louis XV. Débutant comme lieutenant au régiment de Piémont, passant par les grades de capitaine, de colonel d'un régiment de grenadiers royaux, participant à la bataille de Fontenoy, il est devenu brigadier puis major général auprès du lieutenant général Chevert, puis maréchal de camp. Sous Louis XVI il sera promu au grade de lieutenant général.
La scène du tableau de Fragonard semble donc être une scène assez banale pour le XVIIIe siècle.
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