" Tout comme Howie, il avait cessé de prendre le judaïsme au sérieux dès l'âge de treize ans, un dimanche, le lendemain même de sa bar-mitzvah, et depuis ce jour il n'avait jamais remis les pieds dans une synagogue. Sur le formulaire qu'il avait dû remplir en entrant à l'hôpital, il avait laissé en blanc la rubrique religion, de peur que, s'il inscrivait " juive " , un rabbin ne vienne le visiter dans sa chambre pour lui tenir les propos que tiennent les rabbins. La religion était une imposture qu'il avait démasquée très tôt dans sa vie ; elles lui déplaisaient toutes ; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile ; il avait horreur de l'immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides. Ce n'était pas lui qui serait dupe de ces balivernes sur la mort et sur Dieu, ou de ces fantasmes de paradis d'un autre âge. Il n'y avait que le corps, né pour vivre et mourir selon des termes décidés par les corps nés et morts avant nous. Son créneau philosophique à lui, si tant est qu'il en eût un, il l'avait découvert de bonne heure, intuitivement, et, dans son minimalisme, il était indépassable ; s'il écrivait un jour son autobiographie, il l'intitulerait Vie et mort d'un corps d'homme. "
- Roth (Philip), Un Homme, collection Folio, avril 2009. p. 60.
Lu du même auteur : Pastorale américaine, La Tache.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire