Quand j'avais 13-14 ans, si j'avais besoin de faire des achats qui sortaient de l'ordinaire, j'allais voir papa le jeudi après-midi au magasin F*****, rue Saint-Georges à Nancy. Mes achats faits, il me demandait d'aller voir ma grand-mère qui habitait au 3e étage et de lui apporter France Soir.
Ma grand-mère était devenue impotente, car elle avait de l'arthrite dans les genoux. Après l'avoir embrassée, elle me demandait de lui mettre de la teinture d'iode sur ses deux genoux enflés et douloureux. Après cela, je filais à la bibliothèque de l'alcôve. Un meuble que j'ai hérité.
Elle contenait une trentaine de livres des éditions Nelson, des classiques de la littérature des éditions Garnier, des romans du Capitaine Danrit, un gros paquet du journal L'Illustration... Certains d'entre eux avaient été achetés par mon père ; il les avait fait relier chez Ch. Muller à Nancy (relieur depuis 1900) et ils étaient restés chez ses parents après son mariage.
J'aimais farfouiller dans cette bibliothèque et ramener un livre dans la cuisine où restait assise ma grand-mère. Après m'avoir posé quelques questions du genre : "Qu'avez-vous mangé à midi", "Qu'as-tu appris cette semaine en classe", elle me laissait lire. J'ai lu chez elle le premier tome des Quarante-cinq d'Alexandre Dumas en éditions Nelson. De ma lecture, je me souviens aujourd'hui de Chicot, le bouffon du roi Henri III, que ce roi était entouré de mignons et que la reine était Louise de Lorraine (i.e. Louise de Vaudémont). Dans ce roman les mignons jouaient au bilboquet, jeu très en faveur au XVIe siècle.
Les livres des éditions Nelson de la bibliothèque,
dont je me souviens :
- Augier, Le Gendre de Monsieur Poirier et autres comédies.
- Balzac, Le Lys dans la vallée.
- Barrès, Colette Baudoche.
- Baronne Orczy, Le Mouron rouge.
- Bordeaux (Henry), Les derniers jours du fort de Vaux.
- Bourget (Paul), Le Disciple.
- Boylesve, L'Enfant à la balustrade.
- Clarétie (Jules), Le Petit Jacques.
- Comte de Ségur, La Campagne de Russie, lu.
- Dumas, Les Trois Mousquetaires (3 tomes).
- Dumas, Les Quarante-cinq (3 tomes).
- France (Anatole), Pierre Nozière.
- Fromentin (Eugène), Dominique.
- Labiche et Martin, Le Voyage de M. Perrichon, lu.
- Labiche (Eugène), Un chapeau de paille d'Italie.
- Labiche (Eugène), Les deux timides.
- Lichtenberger, La Petite Soeur de Trott.
- Tillier (Claude), Mon Onche Benjamin.
- etc.
Il y avait aussi dans cette bibliothèque des romans d'anticipation du Capitaine Danrit (pseudonyme du lieutenant-colonel Driant) : La Guerre de demain (6 volumes en trois parties : La Guerre de forteresse, La Guerre en rase campagne, La Guerre en ballon). Il était naturel de trouver ses livres dans une bibliothèque de Nancéien, car il avait été élu député de Nancy en 1910 et réélu en 1914. Il était aussi ami de Maurice Barrès, lui-même ancien député de Nancy. Dans le seul livre du Capitaine Danrit que j'ai lu, je me souviens qu'il y était question d'explosifs (mélinite, tolite) et de gaz asphyxiants.
Une autre fois, j'avais feuilleté les exemplaires de L'Illustration qui contenaient des reproductions en couleur de portraits peints des généraux américain, anglais et français de la guerre de 14 : de Castelnau, Foch, French, Galliéni, Guillaumat, Hirschauer, Joffre, Mangin, Nivelle, Pershing, Pétain, Sarrail...
Autres livres, la plupart reliés
- Barrès, La Colline inspirée.
- Bordeaux (Henry), Les Roquevillard.
- Boylesve, La Leçon d'amour dans un parc.
- Chateaubriand, Le Génie du christianisme (2 vol.).. .
- Florian, Fables, pastorales...
- France (Anatole), Crainquebille.
- France (Anatole), Le Crime de Sylvestre Bonnard.
- Lamartine, Les Harmonies poétiques et religieuses.
- Lamennais, Paroles d'un croyant.
- Loti, Les Désenchantées.
- Noailles (Anna de), Les Éblouissements, recueil poétique.
- Richepin (Jean), La Chanson des gueux.
- Rostand (Edmond), Chantecler.
- Sand (George), La petite Fadette.
- Shakespeare, Théâtre..
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire